“ Nous autres artistes, passons nos vies à nous frustrer nous-mêmes.
Par simple peur - peur de l´échec et, si étrange que cela semble, peur de la réussite aussi bien -, nous tombons malades à la veille de concerts importants.
Nous nous créons des désordres émotionnels graves (…). Les chanteurs s´enrouent, perdent leur aigu … les instrumentistes perdent soudain l´usage d´un doigt, ou de plusieurs, et ne peuvent plus jouer les passages les plus simples (ou les plus difficiles).
Ou encore, à force de compétition et de chimère de toute puissance, le moindre signe d´imperfection peut obliger à s´arrêter au milieu d´une exécution par ailleurs excellente.
Le pire est que soudain tout ce combat puisse paraître perdre tout sens et alors l´artiste, perdu dans l´alternative du conflit et de la détresse, peut tout simplement déclarer forfait.
Il ne joue plus.
C´est la mort - la mort de l´âme. ”
Claudio Arrau, Conversations avec J.Horowitz, Gallimard, 1982